Mars

Samedi 8 mars
Carence dans le suivi de ces pages. Non point que la matière manque, mais une période d’intenses corrections de copies (examens blancs à Forpro).
Arrivée hier soir en Arles, chez Louise. Soirée chaleureuse avec les parents, la sœur et ma BB. Ce soir, la troupe festive vivifiera l’instant.
Avant de poursuivre ma galerie charnelle, quelques points importants.
Côté amical, la rupture entre Elo et Jérôme. Des signes se sont multipliés : une invitation de ce dernier, à l’adresse d’une amie, de dormir chez lui et le désistement pour des vacances d’hiver avec Elo. Un changement de sentiment a poussé Jérôme à rompre. La demoiselle a connu les phases de l’effondrement, de l’euphorie et de la haine (qui a failli mettre un terme à notre propre amitié après une demande de choisir entre les deux). Très mal écrit tout ça. Inscription pour le fond, j’aurais pu m’abstenir pour la forme.
L’annonce de la guerre en Irak s’étire encore. Jamais un conflit armé n’aura été autant préparé et planifié… cela tourne à la tragi-comédie.
Hier, au Conseil de sécurité de l’ONU, les quinze représentants ont réaffirmé leur position. De Villepin, pour la France, a dramatisé, avec
beaucoup de talent, l’extrême folie qu’une action guerrière des Etats-Unis représenterait alors que les inspections des Onusiens de Hans Blix donnent des résultats. De part et d’autre, des arguments légitimes et des motivations inavouables. Doit-on laisser ce tyran en place sous prétexte qu’on ne s’occupe pas des autres ? Doit-on risquer le chaos dans la région ?

Dimanche 9 mars, 3h du mat.
De retour à l’hôtel du Musée pour une nuit régénérante, après un défoulement costumé. La troupe arlésienne, toujours aussi complice. Un plaisir renouvelé que leur compagnie. Après une revigorante promenade avec les B. dans la Montagnette ventée, nous retrouvons la bande pétillante pour un gueuleton joyeux. Puis, direction, sans les parents B., chez une accointance qui organise une soirée privée pour ses trente-deux ans. Le déguisement est recommandé : Marie en chaperon rouge, Aude en spéléo, Ben en moule (!), Michel travailleur avec combinaison, Louise en étendoir à linge, et moi en
casque blanc version cuisine (écumoire sur la tête, presse-citron au cou sur bavoir).
11h35. L’effleurement du soleil pré printanier réjouit l’âme. Sur la place de l’Hôtel de Ville d’Arles avec ma BB à goûter l’air doux au son des quelques passants, confortables sur un banc public, je guette la sortie des parents B. de l’église qui jouxte (à une ruelle près) le bâtiment républicain en cours de rénovation. A nos côtés, une jeune femme croque la finesse du monument religieux avec quelques coups de crayon ajustés. Ce cumul du vivant à doses perlées, de la matière sculptée par l’homme et d’un climat tempéré cristallisent le bonheur à l’échappée. Un bougre, à la sortie de l’église, clame que son anniversaire sonne ce jour, pimentant ainsi l’antédiluvienne quête auprès des cœurs chrétiens.
Evocation ce matin avec BB et Louise du devenir du couple Aude & Ben dans sa version résurrection. Complexité des facteurs ayant motivé la résurgence sentimentale et l’envie d’une vie commune renouvelée.

Lundi 10 mars
15h. Première vraie journée chaude de l’année passée au Parc, plongé dans Léautaud. Une jouissive manière de m’immerger à nouveau dans mon projet de thèse. Peu de temps à accorder pour ces vagabondages diaristes, donc.
Cette coupure dans le volume III (phase relecture) tient à une volonté d’inscrire une petite formule en réponse à une campagne repérée en Arles. Sur les panneaux généralement voués aux tronches politiques, une affiche sobre à l’argumentation serrée (pour la grosseur de caractère) et chapeauté d’un titre qui se veut sans appel : « Il n’y a pas de guerre propre. » A cela une seule réponse : mais il existe des paix sales !

Mercredi 12 mars
Le tintamarre anti-américain se poursuit. A trop critiquer l’allié outre-atlantique, on se retrouve, de fait, avec ceux qui défendent le totalitarisme husseinnien..
Si l’on refuse d’associer nos forces armées à celles de Bush Jr, on devrait déployer quelques troupes autour des prisons archaïques. La nuit dernière, celle de Fresnes a été la cible d’un groupe paramilitaire qui a fait exploser les différentes portes, murs et barreaux pour libérer le dangereux malfrat Ferrera.
Petite digression vers la galerie charnelle que je ne parviens pas à étoffer.
- Sophie B., violoniste aux longs cheveux bruns, blanche de corps, l’intimité en broussaille à tel point que j’avais du mal à m’y frayer une voie pour ma langue ou mon sexe. Très peu d’expérience sexuelle, et peut-être même vierge. Flirt poussé plus que vrai partage sexuel. Conversion assez rapide en amitié suivie, jusqu’à récemment.
- Une luxembourgeoise, étudiante à Paris. Rencontre minitellienne (comme Sophie) à visée purement charnelle. Joli visage, assez sophistiquée, mais un bas du corps pas assez fin à mon goût. Intense et brève relation sans ébauche de sentiment. Me revient son penchant pour la sodomie, tendance rarissime chez les demoiselles croisées.
- Séduction contradictoire pour cette jeune femme élancée, aux lignes parfaites, les petites lunettes sévères, allure cadre commerciale. Partage d’un restaurant avant de finir la nuit chez elle. Souvenir de tergiversations de sa part avant qu’elle ne m’ouvre son lit. Malgré l’apparent partage, elle ne renouvellera pas l’intimité et le lien s’étiolera rapidement, malgré mon insistance. Chagrin sur le moment, je pressentais aussi un caractère inconciliable avec le mien.
- Maryline R., exemple d’une amitié (aujourd’hui perdue de vue depuis quelques années) qui a dérivé à plusieurs reprises vers le sexuel. Petite blonde vive, aux taches de rousseur multiples et à la finesse corporelle appréciable. Rencontré lors d’une manifestation locale autour du livre, j’ai suivi son parcours professionnel pendant plusieurs années. D’origine bretonne, elle tentait de trouver sa voie à Paris. Nous avons toujours privilégié le lien amical, affectif, considérant les quelques écarts sexuels accordés comme favorisant la baisse de tension à visée séductrice entre nous. Entre la rue Vercingétorix et la rue Mouffetard, quelques épisodes charnels agréables. Le dernier a réuni Sandre et Maryline pour un trio coquin où je me faisais davantage voyeur qu’acteur. De très érotiques souvenirs, même si cela est resté très retenu, finalement. Il aurait fallu renouveler pour créer un vrai lien sexuel.
- Le coup de billard… très vague souvenir. Une première fille qui, après partage érotique, me conduit chez des amies et, parmi elles, une future conquête charnelle. Cette dernière, une photographe gourmande, qui m’apprend chez elle à jouer quelques airs de Satie à son piano. Relation assez suivie, mais absence de sentiments suffisants de ma part. Elle prendra quelques clichés de moi que je ne verrai jamais. Quelques années plus tard, au téléphone, elle me confiera être la maîtresse d’un député, l’actuel ministre de la santé et de la recherche, le dynamique Mattéi.
- Après échange épistolaire et photographique, venue pour une nuit de cette jeune bretonne dans un hôtel proche de la Gare du Nord. Une vraie nuit charnelle avec un goût prononcé chez elle pour la fellation. L’entrevue sera unique, même si chez elle germaient des sentiments. Je m’interdisais tout suivi tant qu’un véritable penchant n’existerait pas. Elle prit un train le lendemain matin, ayant assimilé ma position.
- Un bon parti financier que cette toute jeune fille à l’aspect garçon manqué, aux lignes de visage un peu trop masculines à mon goût, mais avec un appétit sexuel communicatif. Avec un père dans l’immobilier, elle pouvait compter sur de confortables rentes. Son physique peu attrayant ne lui garantissait aucune histoire sentimentale sérieuse et durable. Regrettable situation, car elle possédait un véritable sens de l’excitation débridée. Un suivi cordial avec cette F. (le prénom me revient à l’instant) jalonné de quelques écarts sexuels sans réelle motivation de ma part.

Dimanche 16 mars, 0h30
Très gentil passage des parents de BB. Les plaisirs de la table ont été honorés par les menus à domicile et, vendredi soir, un des bons bouchons lyonnais : le Pique-Assiette.
L’esprit n’a pas été négligé avec, ce soir au transbordeur, un match d’improvisation théâtrale entre les équipes de France et de Lyon. Créativité, réactivité et drôlerie nourrissent les prestations de ces jeunes gens, parmi lesquels Cécile, amie de Bonny. Le hasard du remplissage de la salle me fait apercevoir Lise-Marie et son mari. Mes courriels n’avaient pas suscité de réponse, peut-être que cette brève entrevue relancera notre cordial rapport.
En vrac, pour le reste : Elo, après sa rupture avec Jérôme, aurait une nouvelle piste en vue. Si cela contribue à maintenir un équilibre psychique fragile, qu’elle s’amuse. Shue m’a annoncé sa date de soutenance, le 10 mai prochain, et m’a à nouveau remercié pour mes « coups de baguette magique » pour son rédactionnel.

Jeudi 20 mars
A la veille du printemps, les jours (et surtout les nuits) s’annoncent maussades pour l’Irak. Vers quatre heures du matin, quelques points, jugés cruciaux par la défense américaine, reçoivent une quarantaine de missiles. Une entrée guerrière limitée qui, sitôt les conditions climatiques favorables (fin de la tempête de sable et de la pleine lune), laissera place à un plat de résistance très chargé en poudre.
Douze ans après la guerre du Golfe, la guerre d’Irak se voudrait, côté américain, plus expéditive et moins sanglante. La mauvaise foi propagandiste demeure la règle : hier sérénade des « frappes chirurgicales », aujourd’hui antienne des « bombes intelligentes » ! La dialectique pour maquiller l’ensanglantement barbare programmé ne tarit pas en inspirateurs. Le cynisme des deux camps amène parfois à songer que ne pas s’informer serait peut-être plus salutaire. En tout état de cause, l’être ou ne pas l’être n’influe en rien sur l’événement. Cela ne fait que soulager sa fibre voyeuriste et donne de l’importance aux actants des événements. 21h30. Les tics médiatiques des événements de crise ont repris place. L’intervention terrestre plus bombardements sur Bagdad ont attisé la machine journalistique. En France, des manifestations anti-guerres cultivent un anti-américanisme primaire. Le « ni Bush ni Saddam » laisse songeur.

Samedi 22 mars, 0h05
Phase d’intensification des bombardements sur Bagdad et déclenchement de l’offensive terrestre. Les premiers morts côté alliés ont été causés par l’écrasement accidentel d’un hélico, je crois. Au-delà de cet épisode absurde et terrible, de multiples faits nourrissent chaque journée de guerre.

11h30. La tristesse doit prévaloir face au cynisme des deux parties à la tête de la confrontation guerrière, mais à choisir, le camp américain s’impose à moi, naturellement. Que sa puissance l’ait amené à des manœuvres méprisables qui jalonnent sa politique extérieure, nous ne pouvons l’éluder. Doit-on pour autant préférer le totalitarisme sanglant (un pléonasme) de Saddam ? La voie des inspections nous conduisait insidieusement vers la tolérance passive sous couvert de bonne conscience onusienne. Les intérêts des Américains sont là, c’est incontestable, mais pas plus que les intérêts des autres nations à travers le monde. La différence ? Les Etats-Unis ont eux les moyens de leurs ambitions. L’Europe, elle peut tout juste s’accorder sur des évidences en forme de poncifs diplomatiques du genre, « il faut aider les Irakiens » ! Quel pays ne voudrait pas de ce programme post-guerre ! Besoin d’une réunion pour cela ? Pour avoir quelque chose à afficher autre que les déchirements cumulés ces dernières semaines ? Le grotesque ne pouvait être plus imposant. Il aurait été plus sage d’annuler toute rencontre plutôt que d’offrir ce spectacle.
A l’inverse, les Etats-Unis ont affiché à leur tête une détermination sans faille : seule recette qui vaille face au charismatique tyran.
14h45. La masse d’informations délivrées ne doit pas faire oublier la règle décuplée en temps de guerre : le minimum d’annonces antérieures à l’action et la maximalisation des résultats obtenus.

Dimanche 23 mars
9h30. Comme un principe événementiel, ce qui se réalise correspond toujours au contraire de ce qui était espéré, programmé ou redouté. La guerre du Golfe se plaçait sous le signe d’une armée irakienne redoutable : elle fut balayée par la Tempête du désert en quelques jours après, certes, avoir subi une longue campagne aérienne de bombardements. Avec la guerre en Irak, les clairons médiatiques, nourris par les responsables militaires, ont annoncé une guerre-éclair agrémentée par l’accueil chaleureux d’une population libérée du joug, comme à Bassorah. Or, là encore, le terrain tâté apporte son lot d’imprévus : ainsi les poches de résistance qui se maintiennent au port Oum Kash ( ?) alors que cette ville se situait dans la zone démilitarisée occupée par l’ONU. Cinq jours d’abandon par les casques bleus auraient suffi pour que les forces irakiennes se reconstituent. Ainsi Bassorah qui, loin d’accueillir les Américains libérateurs.

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